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4 juin 2020

S'installer dans le lieu le plus propice


S'installer dans le lieu le plus
propice, le plus paradisiaque qui soit
pour écrire. Examiner ce qui parasite,
les pensées géantes, paralysantes,
jugements sur soi ou son travail de
personnes faisant autorité, etc. Ne
pas les décrire. Ne pas écrire pour
se venger ni les analyser. Noter au
contraire ce qui les suit, bifurque,
leur permet de glisser. Les utiliser
pour décrire le lieu.
Si rien ne se produit, si aucun malaise
préalable n'empêche d'écrire,
examiner en quoi la perfection du
lieu et du moment présent permet,
ou non, de le faire.

Et si rien ne vient, rester là et lire.

Anne Savelli, Des Oloés. Espaces élastiques où lire où écrire 
(éditions Publie.net 2020)

15 mai 2017


« Tout le monde n’est pas géographe, n’est pas Julien Gracq ni Claude Simon. Tout le monde constate l’épaisseur des terres, des strates, des cultures, épaisseur venue de notre ignorance (comment cultiver, quels sont les noms, les gestes?). Tout le monde regarde les usines en ruine et les éoliennes. Et lorsque le paysage est nouveau (si cela arrive encore) des promesses sautent au visage. On pourrait aller là, là, là, maison dont la fenêtre donne sur un banc, une salle fraîche. On pourrait longer des rivières, désosser une voiture, plonger. Se rendre au cimetière, dans une cour d’école, voler le drap qui sèche, toutes choses qu’on ne fait jamais. Mieux : être le drap qui sèche, petit clac dans le vent, et sa pince à linge qui s’épuise. Se réincarner en bidon d’essence, en silo. Devenir pistache, émeraude, blé mur et s’émerveiller des autres couleurs.
Un merle m’engueule dans le jardin.
Fermant à demi le ciel, trois palmiers.
Devant, un figuier, poussé dans un mur.
Des orties. Des mouches très jeunes.
Où est-il, enfin, l’immuable, dans ce lieu de destination ? Dans l’épaisseur des troncs ? Le temps pris par le figuier pour nicher dans le mur ?

Ecrire sur ce qui vient. Voir ensuite. »



Anne Savelli, Décor Daguerre
(éditions de l’Attente, 2017)

22 avr. 2013


"Rayon enfantillages, broutilles, riens.
  Rayon drogue, addiction, envoûtement, sortilège.
  Rayon suffocation.
  Rayon y croire, ne plus y croire, tirer un trait.`
  Rayon y revenir.
  Rayon tout est signe, déductions et calculs.
  Rayon oubli, vieillesse, amertume, sagesse : n'est pas encore ouvert."

Anne Savelli, "Décor Lafayette" 2013

26 févr. 2011


Ligne 11, Jourdain. Sièges à tissu râpeux où s'entrecroisent fils bleus, fils foncés, fils beiges qu'on se force à regarder une fois rendu à son trajet secret. Une brûlerie de café, une bouche de métro (toi dans cette lumière verte), le Prisu bas de plafond, les marches de la crèche. L'étage de la Gitane qui bondit vers le toit de l'église - assis, on boit les cloches. Enfin Jim Morrison de la rue Beautreillis passe en carte postale, adresse/visage sur présentoir.

et pendant ce temps-là ça ne commence pas, impression de flotter sous un plafond de verre
quand on sort c'est aux bruits qu'on se repère
et pendant tout ce temps les rythmes les scansions
les voix la place dans la ville la courbe la vitesse
on les prend les arrache
les messages les slogans ne nous atteignent plus.


Anne Savelli, Franck
Stock, 2010

18 févr. 2011


(...) entre eux tous passer contre et tendre, glisser vers le reflet de l'eau
dans une bibliothèque vitrée, vers le lit devant une fenêtre, sur la plage
devant le Grand Hôtel, à Balbec remuer des algues.
(...)
des portes matelassées, sans poignée, que l'on pousse pour surprendre
ce qui se joue sous la ligne de basse. Aimer stationner dans le sas,
entre deux épaisseurs, et se faire oublier.
(...)
Chercher dans la ville ce qui détourne, apaise, le balancement, le suspens.
Les pas qu'on n'entend plus, la fin des ordres, un rythme à soi dans le
franchissement des carrefours.


Anne Savelli, Franck
Stock, 2010

13 oct. 2010


  jeudi — Retour de la pluie, de la vitre sculptée au canif. Ecrire
  c'est posséder, c'est obtenir le monde dès que la phrase se forme,
  au moment même où les yeux toujours rivés à la fenêtre, vous
  retenez la bribe.

 Anne Savelli, "Fenêtres Open Space"