9 sept. 2020

Tout en mâchant la neige


 Tout en mâchant la neige

dire le printemps.

Ta silhouette, papa Langage,

nous protège.

Katia BOUCHOUEVA "Doucement (!)" 2020 coll. L'esquif /Publie poésie 

25 juin 2020

Réponse : Personne n'a jamais vu un poisson.


Les poissons sécrètent des composés hautement réflexifs
qui font de leur peau un miroir.
On pense que les flancs des poissons
sont couverts de paysages peints,
montagneux.
Annie Dillard, "Quelques questions et réponses à propos de l'histoire naturelle"
dans "Billets pour un moulin à prières", éditions Héros-Limite, 2020.

4 juin 2020

S'installer dans le lieu le plus propice


S'installer dans le lieu le plus
propice, le plus paradisiaque qui soit
pour écrire. Examiner ce qui parasite,
les pensées géantes, paralysantes,
jugements sur soi ou son travail de
personnes faisant autorité, etc. Ne
pas les décrire. Ne pas écrire pour
se venger ni les analyser. Noter au
contraire ce qui les suit, bifurque,
leur permet de glisser. Les utiliser
pour décrire le lieu.
Si rien ne se produit, si aucun malaise
préalable n'empêche d'écrire,
examiner en quoi la perfection du
lieu et du moment présent permet,
ou non, de le faire.

Et si rien ne vient, rester là et lire.
Anne Savelli, Des Oloés. Espaces élastiques où lire où écrire (éditions Publie.net 2020)

22 avr. 2020

Il y a trois ans, Daria m'a raconté l'effondrement























Il y a trois ans, Daria m'a raconté l'effondrement de
l'Union soviétique. Elle m'a dit Nastia un jour la lumière
s'est éteinte et les esprits sont revenus. Et nous sommes
repartis en forêt. Sur mon traîneau dans la nuit glacée, je
laisse ma pensée errer autour de la phrase. Chez moi la
lumière n'est pas éteinte et les esprits ont fui. J'ai tel-
lement envie d'éteindre la lumière. Moi aussi, cette nuit,
je repars en forêt.
Nastassja Martin, "Croire aux fauves", 2009, éd. Verticales

8 avr. 2020

Je marche, portant une robe jaune


















Je marche, portant une robe jaune,
une pochette blanche débordant de cigarettes,
assez de pilules, mon portefeuille, mes clefs,
et âgée de vingt-huit ans, ou serait-ce de quarante-cinq ?
Je marche. Je marche.
J'éclaire les noms des rues avec des allumettes
car il fait noir,
aussi noir que le cuir des morts
et j'ai perdu ma Ford verte,
ma maison en banlieue,
deux jeunes enfants
aspirés comme du pollen par l'abeille en moi
et un mari
qui s'est frotté les yeux
pour ne pas voir mes tripes
et je marche et je regarde
et ceci n'est pas un rêve
juste ma vie huileuse
où les gens sont des alibis
et la rue éternellement
introuvable.
Anne Sexton, "Miséricorde"
(traduite par Sabine Huynh), revue MUSCLE fév. 2020.

20 févr. 2020

Quel hommage sera rendu à la beauté bâtie pour durer







































Adrienne Rich, "Un atlas du monde difficile" dans "Paroles d'un monde difficile - Poèmes 1988-2004", éditions La Rumeur libre.Adr

30 janv. 2020