06/10/09
"A l'écran une bonne image est un visage qui n'introduit pas d'ombre.
S'il se trouvait qu'un écrivain plût en se montrant, c'est son corps qu'on rechercherait et non sa voix perdue, sa voix égarée et presque silencieuse sur la page.
Tout être qui se montre tourne le dos au royaume qui n'est pas visible."
Pascal Quignard, "Les Ombres errantes"
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29 sept. 2009
29/09/09
CHAPITRE XVI
Liste de l'an 2001
"La surface des eaux qui croupissent depuis les premières migrations sur les villages palafittes dans les lacs étrusques gris.
Les mares dues à la pluie et sur le pourtour desquelles des minuscules grenouilles noires comme de l'ébène sautent soudain.
La grande vague blanche sur la grève de Carnac à dix heures.
La sordidité des ombres dans la boîte à ordures de Paris quand on soulève à la hâte le couvercle pour y glisser une boîte de conserve de thon vide.
La bave des escargots sur les feuilles ou sur la terre séchée entre les épis.
Les doigts poisseux de sucre et maculés de boue des petits enfants à Sens.
La manche de la veste en soie bleu foncé usée.
Le tas de poudre s'accroissant inexplicablement que le balai pousse devant lui en quelque lieu que ce soit dans ce monde."
Pascal Quignard, "Les Ombres Errantes"
CHAPITRE XVI
Liste de l'an 2001
"La surface des eaux qui croupissent depuis les premières migrations sur les villages palafittes dans les lacs étrusques gris.
Les mares dues à la pluie et sur le pourtour desquelles des minuscules grenouilles noires comme de l'ébène sautent soudain.
La grande vague blanche sur la grève de Carnac à dix heures.
La sordidité des ombres dans la boîte à ordures de Paris quand on soulève à la hâte le couvercle pour y glisser une boîte de conserve de thon vide.
La bave des escargots sur les feuilles ou sur la terre séchée entre les épis.
Les doigts poisseux de sucre et maculés de boue des petits enfants à Sens.
La manche de la veste en soie bleu foncé usée.
Le tas de poudre s'accroissant inexplicablement que le balai pousse devant lui en quelque lieu que ce soit dans ce monde."
Pascal Quignard, "Les Ombres Errantes"
23 sept. 2009
23/09/09
“Junichirô Tanizaki disait qu'il regrettait le pinceau moins sonore que le stylo ;
les objets de métal ternis ;
le cristal opaque et le jade trouble ;
les traînées de suie sur les briques ;
l'effritement des peintures sur le bois ;
la trace de l'intempérie ;
la branche brisée, la ride, l'ourlet défait, le sein lourd ;
le déchet d'un oiseau sur la balustrade ;
la lueur insuffisante et silencieuse d'une bougie pour dîner ou celle d'une lanterne suspendue au-dessus de la porte de bois ;
la pensée plus libre ou hébétée ou vacillante qui s'élève dans la tête humaine quand elle s'enfouit dans l'ombre, l'âme se portant davantage à la frontière des dents ;
la voix plus basse et hésitante qui accompagne la braise de la cigarette sur laquelle se posent les yeux ;
le goût plus persistant de ce qui est mangé et l'impression moins obsédante de la forme et de la couleur des mets au fur et à mesure qu'on vieillit — la cuisine se reliant
progressivement à l'ombre du corps qu'elle rejoint.”
Pascal Quignard, "Les Ombres Errantes"
“Junichirô Tanizaki disait qu'il regrettait le pinceau moins sonore que le stylo ;
les objets de métal ternis ;
le cristal opaque et le jade trouble ;
les traînées de suie sur les briques ;
l'effritement des peintures sur le bois ;
la trace de l'intempérie ;
la branche brisée, la ride, l'ourlet défait, le sein lourd ;
le déchet d'un oiseau sur la balustrade ;
la lueur insuffisante et silencieuse d'une bougie pour dîner ou celle d'une lanterne suspendue au-dessus de la porte de bois ;
la pensée plus libre ou hébétée ou vacillante qui s'élève dans la tête humaine quand elle s'enfouit dans l'ombre, l'âme se portant davantage à la frontière des dents ;
la voix plus basse et hésitante qui accompagne la braise de la cigarette sur laquelle se posent les yeux ;
le goût plus persistant de ce qui est mangé et l'impression moins obsédante de la forme et de la couleur des mets au fur et à mesure qu'on vieillit — la cuisine se reliant
progressivement à l'ombre du corps qu'elle rejoint.”
Pascal Quignard, "Les Ombres Errantes"
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