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19 oct. 2009

porte poussée

19/10/09

"(...) porte poussée, bonjour je voudrais, au revoir, le jour s'installe, tu vacilles, tu dis, c'est beau, quelle splendeur, mais au fond, c'est comme si tu n'y croyais plus, quelque chose en toi t'occupe, une sorte d'érosion, éboulements infimes, allô oui, je vais vous le passer, tu prends le récepteur, la voix parle, lointaine, métallique, une espèce de, comment te dire, comme si on te rongeait à l'intérieur mais très doucement, sans douleur, bonjour, comment ça va, tu cherches tes mots, là-bas, la voix s'anime et pourtant tu écoutes autre chose, cette usure délicate, curieusement audible, sifflement vague maintenant, chuintement, mais oui bien sûr, fumée sonore, évasive, tenace, à bientôt, tu raccroches regardant le soleil sur la fenêtre, le rideau qui frémit, tu prends un livre, tu lis les mots sans les comprendre, attentif à ce bruit de fleuve, une sorte de froissement, tantôt sombre, tantôt lumineux, visions instantanées, pieds nus dans l'eau, une main tient une autre main, lueurs, visages à contre-jour, un restaurant le soir, serviettes rouges, lampions, tu as jeté le livre sur la table, onze heure, déjà, l'écriture des arbres est illisible (...)”


Jacques Ancet, “ Le Silence des chiens
ed. Publie.net

25 juin 2009

25/06/09


" ...Où en aveugle une fois de plus tu recommences
mais qui tu, et quel visage dans tous ces visages
qui s'avance, tu crois le reconnaître à cette voix
sortie de sa bouche, tu écoutes chaque syllabe,
tu vas comprendre, tu comprends un instant, tu oublies
et c'est de ça que tu te souviens, de cet éclat
où soudain toutes les lumières se réunissent,
toutes les poussières, où chaque chose est autre chose
et autre chose la même chose, l'identité
est un puits noir, rien n'y est identique, tu vois
en sortir des images, des formes, des contours,
tu dis, je tu on, on tu je, je tu, ou tu on,
jours, gestes, corps font un fleuve de reflets, ils dansent
se touchent, se perdent, tu dis voilà, c'est la vie "


Jacques Ancet, extrait du Chant XII