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30 janv. 2020

C'était marcher qu'il voulait


















C'était marcher qu'il voulait        avancer sur les
chemins        dans le vent clair d'été et eût-ce été
l'hiver qu'il eût fait de même        marcher sans plus
s'arrêter et parfois la pluie venait avec le vent        il
marchait dans la pluie dans le vent tiède        le vent
par grandes douces bourrasques
Du doigt ils montraient l'horizon        la forêt et plus
haut les landes        ajoncs et bruyères et les mares par
centaines        ils montraient les plaines et les villes
derrière les plaines
expliquaient ce qu'il y avait de chemin
ce qu'il y avait d'horizons        herbe et collines
et disaient par où il fallait passer        le grand chêne
aux quatre-chemins        ou juste avant les friches la
haie d'aubépines et le sentier des étangs et tout au (...)

Michèle Desbordes, Dans le temps qu'il marchait
(éd. Laurence Teper, 2004)

13 sept. 2016

« — voilà bien ma seule constante et l’un de mes plus flagrantes contradictions, ne pas vouloir raconter ni me laisser prendre en train de vous raconter quoi que ce fût, mais considérer comme d’habitude que d’une certaine façon vous savez déjà, vous avez toujours su ce que j’allais vous dire, ces choses au fond ne figurant jamais rien que l’ordinaire, la banale suite des jours, je vous vois, je vous entends et je voudrais vous dire sans vous dire vraiment, vous parler de si loin que ma voix vous parvienne comme un murmure, une confidence ordinaire, et alors tout cela n’aurait que peu d’importance, je ne vous aurais rien raconté, rien appris, je n’aurais dit que les choses que vous savez, vous avez toujours su. »

Michèle Desbordes, « Les Petites Terres » 
éditions Verdier, 2008.

8 févr. 2012

"Il y a eu ce moment je me souviens où je me suis dirigée vers le fleuve et me suis mise à marcher sur le chemin, et alors j'ai vu l'oiseau filer bas dans le ciel dans un sens puis dans l'autre et j'ai dû me dire que ça commençait, que là dans tout ce froid et ce gris et la solitude du chemin, comme sur la scène d'un théâtre dans la hâte et l'obscurité s'installent de nouveaux décors, calmement, à pas feutrés et venus d'on ne sait quelles profondeurs quelque chose prenait place."

Michèle Desbordes, "Les Petites Terres" 2008

1 févr. 2012

"Je me souviens d'avoir regardé l'oiseau, de m'être demandé ce que je faisais à une heure pareille sur un chemin où je ne venais jamais et ne m'étais pas même dit que je venais, n'ayant bientôt plus à voir dans le ciel bas, plombé, que les tours de la centrale, l'épaisse, lourde fumée blanche qui se mêlait aux nuages et le bois qui de ce côté longeait le chemin, cachant le village, les petites maisons basses par où j'étais venue, les jardins derrière les murs."


M.Desbordes, "Les Petites Terres" 2008

8 août 2011

08/08/11
"        et parfois prenait-il le gris pour le bleu
voyait-il d'invisibles chauds soleils derrière
le gris des horizons la brume du bas des coteaux et
même les pluies        les pluies tièdes du soir
cette attente que la marche        la marche même
attisait
Puis la plaine blonde et chaude        cette couleur
dans le ciel        nulle part qu'ici
entre les pluies        le bleu et le bleu        et ce qui le
soir se glissait très gris au-dessus de l'horizon
les falaises et les coteaux et les vieux ponts sur la
Loire les bateaux qui attendaient le vent et comme là-bas les îles du milieu du fleuve
passant le point jusqu'au-dessus de l'île les
peupliers et les fleurs jaunes        blanches
et le bruit de l'eau contre les piles"


Michèle Desbordes, "Dans le temps qu'il marchait"