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4 mai 2016

(séquence 413)

je me sens américain, je suis un poète américain, I am, yo soy, un poète new-yorkais argentin québécois cherokee nicaraguayen, je suis prêt à entonner Hourrah America avec tous les métis et tous les gringos, je suis prêt à fonder uneInternationalepoétiquemaisàmoitoutseul, et si la première Internationale a vu le jour à S. Martin’s Hall je n’y peux rien, ce matin je me lève tôt, je m’envole pour Manhattan acheté aux Algonquins 24 dollars par le gouverneur Minuit, je pousse jusqu’aux forêts d’érables sous la première neige de Mont-Royal, je fais une halte à Managua où le président Sandino imite le président Washington et retourne sur ses terres, lui c’est la canne à sucre et une coopérative car cent cinquante ans ont passé, je lis mes poèmes devant trois cavaliers dont les éperons brillent dans le soleil couchant, je reviens dormir le soir à Cordoba province de Cordoba.


Bernard Chambaz, ÉTÉ, chant V
Flammarion 2005


2 déc. 2015


"Tout recommence jamais, sinon par le début du moins par n'importe quel 
point de la ligne de fuite où je me tiens avec mes nuages depuis la haute 
enfance et lexique, nubilarium, hangar pour protéger la moisson contre la 
pluie, retour à la case départ, Malherbe Pound William Carlos Williams, 
l'homme à la brouette de Paterson le bien nommé, tu ouvres une page au 
hasard et tu tombes sur
son ventre est
un nuage
vespéral
et tu n'as plus qu'à lui tirer un grand
coup de chapeau et à mettre le bon rythme dans les embruns roses du Niagara
et à te dire qu'à cinquante ans de distance tu n'es pas si loin."


Bernard Chambaz "Été", (séquence 141)