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13 nov. 2018

Ainsi se pressaient à ma vue quantité de mouvements



Ainsi se pressaient à ma vue quantité de mouvements dont j'étais plein, dont j'étais débordant et depuis des années. Dans mes rêveries d'enfant, jamais, si je me souviens bien, je ne fus prince et pas souvent conquérant, mais j'étais extraordinaire en mouvements. Un véritable prodige en mouvements. Protée par les mouvements. Des mouvements dont, en fait, on ne voyait pas trace en mon attitude et dont on n'aurait pu avoir le soupçon, sauf par un certain air d'absence et de savoir m'abstraire.
Les animaux et moi avions affaire ensemble. Mes mouvements je les échangeais, en esprit, contre les leurs, avec lesquels, libéré de la limitation du bipède, je me répandais au-dehors... Je m'en grisais, surtout des plus sauvages (...)

Henri Michaux, "Dessiner l'écoulement du temps"
dans "Passages" (1937-1963)

25 mai 2017


« De l’espoir était parti avec l’horizon. On vous retire d’abord le pied, l’usage du pied, la jambe, puis l’autre pieds, le genou. Ainsi du reste. L’insignifiance prend la place. L’insignifiance grandit. On va vers plus d’insignifiance.
Au bout, la vraie fin : le comble de l’insignifiance.
Marche ôtée, grimper ôté, descendre ôté et sauter et courir, j’étais constamment tenu de prendre garde.

Imaginer n’avait pas encore été ôté. Dans ma chambre j’évoquais des pieds immenses, avec des pas de géant, des jambes qui n’en finissaient pas, d’une agilité inconnue. Jambes confinées d’un côté, libérées d’un autre. Avec une nouvelle agilité celles-ci et une sureté de funambule. Qu’est-ce qu’elles avaient comme mouvements ! Et promptes à les exécuter. Et infatigables. De vraies machines, mais souples, actionnées à mes seules envies. J’avais seulement tendance à trop me répéter. Tous les jours je pouvais reprendre mon numéro de jambes démesurées, manœuvrant, tricotant dans l’espace, un espace abstrait. »


Henri Michaux, « Comme un ensablement »

10 sept. 2012

"Quelque part quelqu'un est chien et aboie à la lune


Quelqu'un est né chinoise et maintenant elle a dix-sept ans

Quelqu'un c'est une blonde et sa sœur est vive, véritablement pétulante

Quelqu'un son père est Highlander

Quelqu'un... et puis ça lui a retenti sur les reins et maintenant fini, il dit qu'il aime 

autant mourir à l'hôpital

Quelqu'un il a de grosse solives à sa maison

Quelqu'un, il veut encore un peu de crème. (...) "



Henri Michaux, "Quelque part quelqu'un"

30 juil. 2012

"On sent la courbure de la terre. On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement. On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l'ablette, on est soeur par l'eau et par la feuille. On n'a plus le regard de son oeil, on n'a plus la main de son bras. On n'est plus vaine. On n'envie plus. On n'est plus enviée.

On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout.

On a signé sa dernière feuille, c'est le départ des papillons."

Henri Michaux, "La Ralentie", "Plume".

9 déc. 2011

09/12/11

“Prêtez-moi de la grandeur,
 Prêtez-moi de la grandeur,
 Prêtez-moi de la lenteur,
 Prêtez-moi de la lenteur,
 Prêtez-moi tout,
 Et prêtez-vous à moi,
 Et prêtez encore,
 Et tout de même ça ne suffira pas.”

Henri Michaux, Ecuador (1929)

27 août 2010

27/08/10

"C'est à Pékin que j'ai compris le saule, pas le pleureur, le saule, à peine incliné, l'arbre chinois par excellence.
Le saule a quelque chose d'évasif. Son feuillage est impalpable, son mouvement ressemble à un confluent de courants. Il y en a plus qu'on n'en voit, qu'il n'en montre. L'arbre le moins ostentatoire. Et quoique
toujours frissonnant (pas le frissonnement bref et inquiet des bouleaux et des peupliers), il n'a pas l'air en lui-même, ni attaché, mais toujours  voguant et nageant pour se maintenir sur place dans le vent, comme le poisson dans le courant de la rivière. C'est petit à petit que le saule vous forme, chaque matin vous donnant sa leçon. Et un repos fait de vibrations vous saisit, si bien que pour finir, on ne peut plus ouvrir la fenêtre sans avoir envie de pleurer."


Henri Michaux , "Un barbare en Asie"

27 mai 2010

27/05/10
“Sur une grande route, il n'est pas rare de voir une vague, une vague toute seule, une vague à part de l'océan.
Elle n'a aucune utilité, ne constitue pas un jeu.
C'est un cas de spontanéité magique.”


Henri Michaux, “Ailleurs” (Au pays de la magie).

11 mai 2010

11/05/10

“Un costume a été conçu pour prononcer la lettre "R". Ils ont aussi un costume pour prononcer la lettre "Vstts". 
Pour le reste on peut s'en tirer, à l'exception toutefois de la lettre "Khng".
Mais il y a le prix considérable de ces trois costumes. Beaucoup de gens n'ayant pas les moyens de les acheter 
ne peuvent au passage de ces lettres, que bredouiller; ou bien c'est qu'ils sont très, très forts en magie.”


Henri Michaux, "Ailleurs” (Au pays de la Magie).