27 juil. 2026
Je continue mes marches matinales avec la même énergie que si j'allais vraiment quelque part
13 févr. 2026
Un mirage venu du fond de ses gènes lui montra le coeur d'Hidden et la place alentour couverte d'Oaks
"Un mirage venu du fond de ses gènes lui montra le coeur d'Hidden et la place alentour couverte d'Oaks, de roses, de marais. Un enchevêtrement d'eaux courantes, d'eaux stagnantes, de rives mobiles, de limons. Des collines en formation, des prairies, des clairières en train de s'ouvrir, des plateaux en train de s'aplanir. Pas la moindre trace des tours, le minéral détaché des montagnes, le végétal natif, la libre course des vivants sur la terre. Elle entendit des chants, elle vit des Corps, quantité d'Autres Corps, subs, souts, dans les eaux, dans le sol, et dessus, quantité de quadrus et d'oiseaux, une poignée de bipèdes. Elle reconnut l'endroit, elle flottait au-dessus. Le ficus auquel elle s'appuyait était un rejet de celui qu'elle hallucinait, et ce rejet lui raconta tout. Yaanga, le nom du village. Tovaangar, le nom pré-sauvage d'Hidden, à savoir, le monde."
Céline Minard, Tovaangar, éd. Rivages, 2025.
2 déc. 2025
Des gens n'en peuvent plus de cette époque
9 sept. 2025
Déplacé, caché, j'ai vu,
17 avr. 2025
À l'automne, la brume assiégeait le lac et la vallée
20 mars 2025
Seul moyen d'apprendre le vaste
Seul moyen d'apprendre le vaste
se retenir de toucher — conservertoujours un noyau de peur.
la mienne même dormante
me protège. je cours vite
à travers les arbres, le ciel
me brille dessus. la peur
est ronde comme une perle
scellée autour de mon cou.
sur le chemin du lac
le chien contre ma jambe
les urubus nous regardent.
tous les oiseaux le savent
que je vais perdre ma peur.
Camille RUIZ, Mon animal, Trois Petites Truites Éditions, 2024
22 janv. 2025
J'ai fait quelques pas sous la véranda de la nuit
J'ai fait quelques pas sous la véranda de la nuit. Ce vent a changé,quoique venant toujours du sud,il souffle haut et fort maintenant, plus à ras de terre, mais venantdans le faîteélevé des érables, dans mon visage,claquant presque la porte de l'orage sur moi. Mais il est chaud, chaud,un vent de pneumonie, le vent de la mort de l'innocence, un vent déroulant,un vent élançant le temps. Et il a une voix dans la maison. J'entendsdes conversations qui ne peuvent avoir lieu, au-dessus, dans les chambreset je ne parle pas des fantômes. Les fantômes sont ici, bien sûr, maisils parlent clairement- ne leur ai-je pas offert nourriture et vin, ne les ai-je pas bien écoutés, toutesces années,non seulement ceux que je connus dans la vie, mais ceux d'avant notre époquede mépris de soi-même, ce jeu compliqué de la perte de l'innocence depuislongtempséchue ?
Adrienne Rich, "Un atlas du monde difficile" extrait de III.
28 août 2024
Je voulais construire une maison de lumière
30 mai 2024
Je peux avoir sommeil brutalement
10 avr. 2024
Et cependant marchant, marchant, marchant
14 mars 2024
Basculer dans la cerce
10 janv. 2024
J'ai aussi l'impression de trébucher souvent
J'ai aussi l'impression de trébucher souvent, que mon corps est bousculé par les autres bousculé par moi. Je tourne la tête trop vite, mon bras ne voulait pas aller si loin, mon pied est en déséquilibre dans le brouhaha des corps bien en place qui m'entourent. Il faut tellement d'acceptation de soi, des autres et de l'espace pour que ça marche un corps, que ça ne subisse pas le réel mais que les gestes l'habitent paisiblement, avec la bonne tension. Les animaux sauvages, eux, ne connaissent pas la maladresse. Le léopard ne se pose pas la question de sa démarche, le vol de l'aigle n'est jamais ridicule, les sauts du chevreuil sont toujours coordonnés. Leur corps n'échappe jamais à leur contrôle alors qu'il me semble parfois qu'il faudrait toute une vie pour apprendre à ne pas rougir quand je cours dans la rue et à marcher tranquillement sur le chemin vers la mer.
Victor Pouchet, Autoportrait en chevreuil, éd. finitude, 2020
17 oct. 2023
Maçon, plombier, vitrier, mesurèrent sans compas
mesurèrent sans compas, mesurèrent te regardant,
mesurèrent, mesurèrent...
Et ta maison, qui est ta gousse,
est moitié ta mère et moitié ta fille...
Il te firent industrie de paix et de rêve ;
ils créèrent des portes selon tes envies ;
ils tendirent un seuil à tes pieds...
Je ne sais si le fruit est meilleur que le pain
et le vin meilleur que le lait à ta table.
Tu décidas d'être "la terrestre",
et la Terre te sert de la main à la main,
avec épis et four, cep et pressoir.
Gabriela Mistral, extrait de "Message à Victoria Ocampo, en Argentine"
(trad. Irène Gayraud, éditions Unes, 2021)
21 août 2023
Un jardin comme un entre-deux
comme un tissu articulaire entre cité et océan, entre lande et
bâtiment, autour d'une maison, une jungle
tend
un aimant à une jungle. Une allumette
frottée, une jointure taillée ; sers-t'en
bien. Qu'il règne
entre le guindé et l'enflammé, faille
dans l'émail qui nous permet de nous couler à nouveau dans une plaine.
Le jardin inscrit dans cette plaine un premier principe. Il arpente, précis,
et plane, cartilage entre route et maison,
écurie mentale pour roses de dressage
il plane
dès lors qu'un jardin s'enracine
pour moitié dans l'idée, rendant la terre instable, une machine volante avec trois ailes,
puis cinq, puis partout dans le ciel, panoramas miniatures, le jardin,
d'un poing, s'ouvre en ponts.
(trad. Maïtreyi et N. Pesquès)
éd. Corti
7 juil. 2023
Au fond de grandes réserves de nuit
Sandrine Cnudde, Habiter l'aube, éd. Tarabuste, 2016.
6 juil. 2023
Le jour je cuisine et nous mangeons
Le jour je cuisine et nous mangeons.
La nuit tu dors et ta main s'incurve sur ma tête,
s'incurve dans mes cheveux.
Les mains se courbent
comme des feuilles. Ma main s'ourle
depuis le feu vers le haut du tipi
et l'extérieur.
Ma main s'ourle et descend le long
de la gorge du canard carolin.
Dans l'ourlet de ma main je tiens le blé.
Annie Dillard, "Jours de fête", dans Billets pour un moulin à prières (1974)
éd. Héros-Limite, trad. B. Matthieussent, 2020.
26 juin 2023
Je ne fais que rendre une âme à la forêt en la peuplant de fictions désirantes
28 avr. 2023
Il y a dans ma prairie des coyotes bleus
Il y a dans ma prairie des coyotes bleus qui s'éloignent
doucement de travers en marchant avec maladresse
le bassin tordu efflanqué comme de vieux assassins
maigres sur des pattes d'enfant puni
ou de jeunes frères
perdus.
Je souris.
Frédéric Boyer, Dans ma prairie
POL 2014
18 avr. 2023
À marée basse l'eau est aspirée à l'intérieur du port
24 févr. 2023
Que veux-tu dire
"Que veux-tu dire,
Il n'y a pas de peuple ?














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