19 oct. 2009

19/10/09

"(...) porte poussée, bonjour je voudrais, au revoir, le jour s'installe, tu vacilles, tu dis, c'est beau, quelle splendeur, mais au fond, c'est comme si tu n'y croyais plus, quelque chose en toi t'occupe, une sorte d'érosion, éboulements infimes, allô oui, je vais vous le passer, tu prends le récepteur, la voix parle, lointaine, métallique, une espèce de, comment te dire, comme si on te rongeait à l'intérieur mais très doucement, sans douleur, bonjour, comment ça va, tu cherches tes mots, là-bas, la voix s'anime et pourtant tu écoutes autre chose, cette usure délicate, curieusement audible, sifflement vague maintenant, chuintement, mais oui bien sûr, fumée sonore, évasive, tenace, à bientôt, tu raccroches regardant le soleil sur la fenêtre, le rideau qui frémit, tu prends un livre, tu lis les mots sans les comprendre, attentif à ce bruit de fleuve, une sorte de froisssement, tantôt sombre, tantôt lumineux, visions instantanées, pieds nus dans l'eau, une main tient une autre main, lueurs, visages à contre-jour, un restaurant le soir, serviettes rouges, lampions, tu as jeté le livre sur la table, onze heure, déjà, l'écriture des arbres est illisible (...)”


Jacques Ancet, “ Le Silence des chiens